Posé dans le sable face à la Méditerranée, au Barcarès, le Lydia est sans doute l’un des navires les plus étonnants de France. Ni au port, ni en mer : ce paquebot de près de 90 mètres de long repose à jamais sur la plage, devenu au fil du temps un symbole de la station balnéaire et un élément fort du paysage côtier catalan.

On le surnomme le « paquebot des sables » ou encore la « Tour Eiffel du paysage méditerranéen » tant il est devenu indissociable de l’image de Port-Barcarès.

Un navire né sous le nom de Moonta

L’histoire du Lydia commence loin de la côte languedocienne. Le navire est construit au Danemark, aux chantiers Burmeister & Wain de Copenhague, et lancé en 1931 sous le nom de Moonta. C’est un paquebot mixte, conçu pour transporter à la fois des passagers et des marchandises. Commandé par la compagnie australienne Adelaide Steamship Company, le Moonta est affecté aux lignes du sud et de l’est de l’Australie, en particulier autour du golfe Spencer. Son itinéraire, surnommé le « Gulf Trip », devient rapidement populaire : le bateau peut accueillir environ 140 passagers (puis davantage après modifications) dans une ambiance confortable pour l’époque, ce qui en fait une croisière très prisée des jeunes mariés et des familles. On le décrit souvent comme un Love Boat avant l’heure.

De l’Australie à la Méditerranée : naissance du Lydia

En 1955, le navire change de vie. Il est vendu à une compagnie grecque, les Hellenic Mediterranean Lines, qui le rebaptise Lydia, en référence à l’ancienne région de Lydie en Asie Mineure. Sa capacité passagers est augmentée (jusqu’à approximativement 280 personnes), et il est désormais affecté à une grande ligne méditerranéenne : Marseille – Beyrouth, via Gênes, Naples, Le Pirée, Alexandrie et Limassol.

Pendant une dizaine d’années, le Lydia sillonne la Méditerranée comme paquebot de ligne classique. Mais en 1966, il est désarmé : sa carrière de navire de commerce touche alors à sa fin.

Le pari fou d’un paquebot ensablé

L’histoire aurait pu s’arrêter là, avec un vieux paquebot promis à la casse. Mais le destin du Lydia va basculer grâce au projet d’aménagement du littoral lancé dans les années 1960 pour créer de nouvelles stations balnéaires, dont Port-Barcarès.

À la fin de l’année 1966, le navire est racheté par la SEMETA, la société d’économie mixte chargée du développement de la station. L’idée est audacieuse : faire du Lydia un emblème de Port-Barcarès, un signal fort planté dans le sable pour marquer la naissance de la station.

Après d’importants travaux de transformation à Marseille, le paquebot est remorqué jusqu’au Golfe du Lion. Un chenal d’environ 600 mètres est creusé dans le sable, ainsi qu’une souille, pour l’amener jusqu’à son emplacement actuel. En juin 1967, le navire est littéralement « déposé » sur la plage, à près de trois mètres au-dessus du niveau de la mer : le Lydia ne naviguera plus jamais.

Centre de loisirs, casino, discothèque… puis musée

Dans les années qui suivent, d’énormes travaux d’aménagement sont réalisés pour transformer le Lydia en centre de loisirs de luxe. On y installe :

Le succès est immédiat : des centaines de milliers de visiteurs viennent découvrir ce paquebot posé sur le sable, et de nombreux artistes (Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Michel Polnareff, Claude François…) y font escale.

Au fil des décennies, le navire change plusieurs fois de propriétaires privé (groupes de casinos, investisseurs…) et connaît des fortunes diverses : périodes d’effervescence, phases d’abandon, incidents, travaux, fermetures. L’âge d’or décline dans les années 1980–2000, et le paquebot se dégrade progressivement.

En 2011, la commune de Barcarès rachète le Lydia et engage un vaste programme de restauration, avec l’appui notamment de l’Association des Amis du Moonta-Lydia. L’objectif : lui redonner sa silhouette originelle et en faire un lieu patrimonial et culturel à part entière, accueillant expositions et événements. Aujourd’hui, le Lydia est classé parmi les édifices emblématiques du XXᵉ siècle du littoral catalan et reste un repère fort pour habitants et vacanciers.

Un monument maritime unique en Europe

Avec sa longueur d’environ 91 mètres, ses superstructures typiques des paquebots des années 1930 et sa silhouette blanche tranchant sur le sable et le bleu de la mer, le Lydia est aujourd’hui considéré comme l’un des plus anciens paquebots encore existants au monde, et le seul paquebot volontairement ensablé de cette façon en Europe.

Au-delà de l’anecdote insolite, il raconte plusieurs histoires entremêlées :

  • celle des croisières populaires en Australie dans l’entre-deux-guerres ;
  • celle des grandes lignes méditerranéennes d’après-guerre ;
  • et celle de l’aménagement touristique du littoral français dans les années 1960.

Le jeton touristique : Le Lydia paquebot des Sables

La notoriété du navire est telle qu’il a été célébré par de nombreux supports, dont une pièce souvenir très appréciée des collectionneurs et des visiteurs : le jeton touristique « Le Lydia paquebot des Sables ».

Émise par la Fonderie Saint Luc, cette pièce est une médaille souvenir (jeton touristique) frappée en zamak (alliage à base de zinc).

Elle présente les caractéristiques suivantes :
Cette médaille commémorative célèbre le 90ᵉ anniversaire du paquebot Lydia et, à travers lui, l’histoire de Port-Barcarès.

Sur l’avers, on découvre une vue du Lydia ensablé, posé sur les plages de Port-Barcarès. Le navire occupe le centre de la composition, avec sa coque et ses superstructures bien reconnaissables.

Le revers est consacré au Port Barcarès. On y trouve le logo du port.

Le dessin associe ainsi l’histoire du paquebot à celle de la commune : d’un côté, la silhouette du navire des sables, de l’autre, l’identité du port et la mention de l’anniversaire.

Photographie par Anthony Levrot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons