À l’extrémité nord du Médoc, sur la commune du Verdon-sur-Mer, le phare de Grave veille sur la rencontre entre l’estuaire de la Gironde et l’océan Atlantique. Face à Royan et au majestueux phare de Cordouan, il marque la « fin des terres » du Médoc et offre l’un des plus beaux panoramas de la région.
Une position stratégique à la pointe du Médoc
La pointe de Grave est un site hautement stratégique : c’est ici que se termine l’estuaire de la Gironde, vaste couloir maritime emprunté depuis des siècles par les navires rejoignant Bordeaux. Courants puissants, bancs de sable mouvants, brouillard et tempêtes en font une zone délicate à franchir. Pour sécuriser cette entrée vers l’estuaire, différents dispositifs de signalisation sont installés dès le début du XIXᵉ siècle.
Le phare de Grave occupe une position privilégiée : il se dresse sur la rive gauche de l’estuaire, à quelques centaines de mètres de l’embarcadère du bac Le Verdon–Royan et dans l’axe visuel du phare de Cordouan, situé au large.
Une histoire faite de reconstructions
Avant le phare actuel, la pointe de Grave connaît une succession d’ouvrages, tous confrontés à un ennemi tenace : l’érosion marine.
- Début du XIXᵉ siècle : une simple balise signale la pointe.
- 1823 : construction en urgence d’une tour en charpente, rapidement remplacée.
- 1827 : élévation d’une tour en maçonnerie de 18 m, équipée d’un appareil lenticulaire de 3ᵉ ordre… que la mer finit par saper en quelques années seulement.
- Durant plusieurs décennies, les ingénieurs tentent de déplacer, renforcer ou reconstruire la signalisation, sans parvenir à trouver une solution durable.
Ce n’est qu’au milieu du XIXᵉ siècle qu’un projet plus solide voit le jour. Le phare actuel est élevé en 1860, légèrement en retrait du rivage pour échapper à l’érosion. Il est définitivement mis en service à la fin des années 1850-1860 et constitue la version pérenne de cette longue histoire de phares « engloutis ».
Au fil du temps, le phare évolue :
- passage de l’huile végétale, puis minérale, à la vapeur de pétrole au début du XXᵉ siècle ;
- électrification en 1937 ;
- automatisation en 1955 ;
- installation d’une lampe LED de 80 W en 2015, plus fiable et plus économe en énergie.
Aujourd’hui, le phare est toujours en activité et fait partie du patrimoine maritime protégé.
Une architecture sobre et élégante
Le phare de Grave possède une silhouette facilement reconnaissable :
- Une tour carrée de 28 mètres de haut, construite en maçonnerie lisse.
- Des façades blanches soulignées par des chaînes d’angle noires, qui dessinent comme un cadre autour de la tour.
- Au sommet, une corniche noire surmontée de la lanterne et d’une galerie accessible au public.
La tour est adossée à un bâtiment en U, ancien logement des gardiens et locaux techniques, aujourd’hui intégré au parcours de visite.
Pour atteindre la plateforme, il faut gravir 107 marches : l’effort est récompensé par une vue à 360° sur l’estuaire, Cordouan, les plages du Verdon, Royan et, par temps clair, une bonne partie de la côte de Beauté.
Le musée du phare de Cordouan et des Phares et Balises
Le site du phare de Grave abrite également un lieu culturel méconnu, mais passionnant : le Musée du phare de Cordouan et des Phares et Balises. Installé dans les bâtiments annexes, il propose :
- une présentation détaillée du phare de Cordouan, « Versailles de la mer », classé au patrimoine mondial de l’UNESCO ;
- des maquettes, instruments de navigation, anciens optiques de phares et panneaux explicatifs sur l’évolution de la signalisation maritime ;
- une plongée dans le quotidien des gardiens, la technicité des feux (lentilles, systèmes optiques, sources lumineuses) et les enjeux de sécurité en mer. (Gironde Tourisme)
Selon les périodes, le musée est ouvert de février à novembre, avec des horaires élargis en haute saison (été). (asso-cordouan.fr)
Que voir depuis le sommet ?
Une fois les 107 marches gravies, la plateforme offre :
- Vue sur l’estuaire de la Gironde : on suit du regard le couloir maritime jusqu’à Royan et, au loin, les coteaux charentais.
- Face à soi, le phare de Cordouan, posé sur son îlot au milieu des eaux, véritable « roi des phares » que l’on peut parfois visiter par bateau au départ du Verdon ou de Royan.
- À l’ouest, l’océan Atlantique, les plages du Verdon et les dunes du littoral médocain.
- Au sud, le Médoc s’étend : cordon forestier, plages, puis, plus loin, l’univers des vignobles réputés.
C’est un point de vue idéal pour appréhender la géographie de l’estuaire, mais aussi pour admirer le coucher de soleil sur l’océan.
En quelques mots
Le phare de Grave n’a peut-être pas la majesté monumentale de Cordouan, mais c’est une sentinelle discrète et essentielle de l’estuaire de la Gironde. En le visitant, on découvre non seulement un beau point de vue, mais aussi tout un pan de l’histoire maritime locale, faite d’ingéniosité, de persévérance et de lumière.
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Image d’illustration : Florian Pépellin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
